Etat d’urgences

Pourquoi apporter sa voix dans la cacophonie ambiante? Chaque passage dans la sphère médiatique officielle donne la nausée. Heureusement plusieurs voix ici ou là aident à mieux surnager dans ce marasme bleu-blanc-rouge. Ça permet de continuer à penser et ça donne envie de continuer de se battre contre ce vol à mains armées perpétré sous nos yeux ces jours-ci.

Parler de valeurs françaises, de pacte républicain, de modèle de société, c’est a minima une injure plus ou moins consciente à toutes celles et tous ceux qui sont victimes de l’État et de notre fameux « modèle de société » excluant, violent, machiste, raciste, xénophobe et colonial.

Des pauvres meurent tous les jours dans la rue, plus ou moins loin des terrasses et des salles de concerts, dans l’indifférence quasi générale d’une population pourtant héritière d’une longue liste de valeurs républicaines, des racisé-e-s meurent toutes les semaines sous les tirs des flics, des précaires meurent tous les jours faute de soin, à cause de leur travail ou à défaut d’en avoir un, des femmes meurent tous les jours parce-que femmes, des familles meurent une deuxième fois tous les mois devant les non-lieux prononcés parce-qu’elles n’ont pas le bon profil, des victimes de crimes d’État ou de génocide sont en deuil depuis des années face à un État qui se cache derrière le secret et la corruption, des civils meurent chaque jour sous nos armes et nos alliés, des réfugié-e-s meurent tous les jours sur nos plages en fuyant la guerre sponsorisée par nos vendeurs d’armes en essayant de survivre quand notre réponse est sécuritaire, suspicieuse et inhumaine.

L’état de notre État de vendredi, à quelques heures des attentats, pour celles et ceux qui voulaient le voir était sombre, flippant, violent, injuste, meurtrier, cynique. Si la France est en guerre, elle l’est tous les jours, sûrement pas contre Daech mais contre une grosse partie d’entre nous. Ce nous qu’on voudrait opposer à l’autre, l’étranger, le musulman, l’ailleurs. L’enfer ce n’est pas les autres, c’est le quotidien qui est le nôtre et les œillères qui vont avec.

La France est un État capitaliste, raciste et vendeur d’armes. Il n’incarne en rien de quelconques valeurs à défendre, ni depuis vendredi ni avant. J’entends déjà les voix des honnêtes gens qui sont nés quelque part  listant comme un catalogue d’office du tourisme ce qu’est la France, les cafés en terrasses, le Moulin Rouge, le vin rouge et les belles parisiennes…On accueille la ré-ouverture de la Tour Eiffel comme une victoire civilisationnelle. On voit fleurir sur les réseaux sociaux Edith Piaf, Marianne et autres pour se sentir au chaud dans ce drapeau fantasmé. Si ce n’était que dans des articles de médias étrangers en panne d’inspiration et pas dans les discours de nos élites, on pourrait en sourire.

La France qui se gaussait de ce que faisait l’Amérique de Bush près de 15 ans avant, met aujourd’hui en place les mêmes réponses et recettes. Une grande partie de sa population, loin de l’abêtissement général des ricains, se couvre de son drapeau tricolore et mouche sa peine dans les pages du roman national.

J’ai peur non pas de Daech (et j’aurais l’air bien con si je meurs lors des prochains attentats – mais je ne changerai pas une ligne pour autant) mais de cet état du monde et de la France qui nous emmène dans le mur. Au plus fort de mon enthousiasme restant, je me dis que ça cessera quand les opinions publiques résisteront à ce rouleau compresseur sollicitant l’émotion et le patriotisme pour mieux empêcher de réfléchir. C’est dire s’il m’en reste peu. Comment imaginer cette résistance quand les industriels et les vendeurs d’armes sont les propriétaires des grands médias, sources principales forgeant l’opinion publique dont les politiques se réclament?

L’état d’urgence versaillais va durer. Dans chaque phrase de son discours, l’État rappelle qu’il est une démocratie et qu’à ce titre aucune discussion ne peut avoir lieu. Ce qu’il va mettre en place, non pas à cause, mais grâce aux attentats ne résoudra en rien cette guerre-là mais renforcera à coup sûr une autre guerre, celle contre la majorité d’entre nous. Cette remise en cause de l’existant, inaudible en période de chocs plus ou moins réguliers, renvoie au fameux « vous êtes avec nous ou contre nous » lui aussi pourtant tant raillé ici quand ce discours était celui des faucons américains.

L’État emploie les mêmes mots, les mêmes armes que les terroristes mais l’État a raison, toujours. Sa violence destructrice, meurtrière est la seule légitime, empreinte de valeurs humanistes et démocratiques. Rassemblez des député-e-s, des journalistes et urgentistes sur France Info lundi soir et vous y entendrez parler de peine de mort sans que personne ne moufte, de guerre de civilisation et de défense de notre culture faite de terrasse, d’amour et de rock n’roll. Pourquoi d’ailleurs s’en étonner? Pourquoi ne pas s’autoriser sur France Info ou ailleurs à s’autoproclamer héritiers et enfants d’un pays des droits de l’homme, de cette grande démocratie républicaine qui pour ne pas en douter n’arrête pas de l’affirmer toutes les deux phrases jusqu’au plus haut de l’État?

Hollande bombarde pour la paix quand les autres sont d’horribles sanguinaires suicidaires fascinés par la mort. L’Etat lui ne mourra pas. Effectivement, ce sont ses guerres mais nos morts.

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