Jérusalem-Est

 

Jérusalem-Est, la porte de Damas, le centre de ‘mon’ Jérusalem depuis mon arrivée. Le quartier où j’ai débarqué à 5h du mat un mardi après un vol Paris-Tel Aviv commencé la veille via la Pologne! Au lever du jour, si doux et calme comme une fausse promesse de quiétude et de douceur pour un séjour dans les territoires palestiniens.

Un taxi collectif, « Sherut » (et pas Beirut)…Je me suis répété ce mot à l’aéroport, parmi tant d’autres. Je devais me dire et me répéter Haïfa et pas Ramallah, Jaffa et surtout pas Gaza, mentionner ce mur-là et surtout pas l’autre, pas de mot déplacé pour des lieux qui l’étaient tout autant dans des oreilles israéliennes à l’aéroport.

Un passage, une sortie de l’aéroport tant redoutée en pensant aux expulsions fréquentes de sympathisants palestiniens (ou juste soupçonnés de l’être) qui ne passent pas l’étape de l’aéroport et sont expulsés après de longues heures de fouilles et d’interrogatoires. Je repense à ce témoignage, aux conseils de mes amis avant le départ. J’imagine faire deux fois quatre heures de vol, un aller-retour dans la journée, cinq heures à l’aéroport sans pouvoir en sortir, une expulsion et dix ans d’interdiction de territoire… Des semaines de préparation, de prises de contacts, de lectures, de rencontres attendues et espérées qui disparaissent; qui s’évaporent entre les murs et l’arbitraire de l’aéroport d’un pays qui ne laisse pas rentrer tout le monde et qui renvoie sans explication.

Et moi qui ‘décide’ d’y aller quand-même, d’aller voir, d’essayer de rentrer, de se préparer quand-même à subir la même chose, de se préparer à toutes ces questions, à de longues heures d’interrogatoires. Il est à quatre heures du matin, la jeune femme qui prend mon passeport à l’air d’être aussi endormie que moi.  Ca fait des jours que je répète ce moment, que j’ai tout préparé. Pour rien. Trois simples questions, attendues, banales presque décevantes. Trois questions et autant de réponses rapides, souriantes et faussement détendues. Evidemment, je viens pour visiter Israel, ses plages, son climat et son soleil. Non, je ne connais personne ici. Non, je ne vais pas aller en cisjordanie (et non je n’ai même pas pu placer ma blague sur ma banque en réponse à une question sur la west bank). Oui c’est la première fois que je viens et non je ne suis pas allé récemment au Liban. Quatre minutes montre en main pour un passage fantasmé des heures et des heures dans les derniers jours.

Tellement d’autres questions en tête et des réponses préparées, rabachées. Pour rien. Tant mieux. Pour rien cette fois-ci. Le plus dur commençait tout juste en fait…Je récupère mon sac, je sors vraiment, pas de surprise de dernière minute, pas de main sur l’épaule qui me demande quand-même quelques minutes, on a d’autres questions en fait, veuillez nous suivre. Juste les portes qui s’ouvrent et la nuit chaude qui m’enveloppe comme une petite victoire. Je me dirige vers un arrêt de bus et, triomphal, je lance en arabe un Salam Aleykoum qui fait son petit effet au chauffeur juif. Je lui dis que euh sorry, good morning plutôt et que je vais à Jérusalem. Il me répond quelque chose que je ne comprends pas. Il me prend mon sac et le lance dans le coffre. Je lui demande le prix et il ne me réponds pas, négociant auprès d’un groupe de huit étudiants juifs. Je ne veux pas qu’il me fasse payer le prix d’un taxi mais bien d’un taxi collectif, comment on dit déjà un taxi collectif? Ah oui, je m’en souviens, je le chope et je lui demande ‘Beirut?’. Il se marre, je lui dis euh non Sheirut et c’est parti…

 Jérusalem donc mais Jérusalem Est, de l’autre côté, pas d’un mur mais de la vieille ville. Jérusalem-Est et son ‘quartier’ arabe, sa petite gare pour ‘sortir’ de la ville et rejoindre les villes palestiniennes avec les checkpoints comme étapes aussi humiliantes qu’omniprésentes. Ce Jérusalem là, à quelques pas et arrêts de Tram du Jérusalem Ouest, de son centre ville commerçant, son quartier ultra-orthodoxe et de ses contrôles policiers. Tout ça sera le cadre quasi quotidien de mes déplacements mais ça je ne le sais pas encore. Pour l’instant il est juste cinq heures du mat, il fait déjà presque jour et je m’étonne du monde déjà présent et en mouvement. Avec le décalage horaire, je ne sais de toutes façons pas quelle heure il est vraiment. Je sais juste que j’ai plus ou moins trois heures à passer là avant d’atteindre une heure raisonnable pour appeler l’amie qui va m’héberger pendant mon séjour. Et puis de toutes façons, là je n’ai pas de puce sur mon téléphone et les magasins n’ouvrent qu’à huit heures.

Après quelques pas, je trouve un café ouvert où je suis vite entouré de nombreux regards, sourires et tasses de thé. Je suis déjà en train de raconter d’où je viens, si c’est la première fois, et combien de temps je reste. Les mêmes questions qu’à l’aéroport en fait mais pas vraiment avec les mêmes réponses. Mon thé brulant me réchauffe, j’essaie de dérouiller mon accent anglais, je réalise que ‘Jérusalem’, ‘Naplouse’, ‘Ramallah’, ces mots tant lus et entendus depuis des années dans les pages politique des journaux vont être le cadre de mes prochains jours et je me dis que je suis vraiment arrivé…

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